Game over (1 / 10)
Des joueurs qui contrôlent de vrais personnages destinés à mourir dans un jeux de tir géant avec des vrais balles qui trouent la peau et des vrais explosions qui brulent les roustons ! Ultimate game n'est pas tremblant d'originalité dans son scénar', mais on osait espérer un vrai film d'action explosif qui pète avec une réflexion intelligente sur le sujet de la réalité et des mondes virtuels, à la vue du casting et des moyens de la production. Cruelle déception, autant se pencher à nouveau devant son écran à soit, tellement le sujet est abordé plus subtilement par nombre de vrais jeux vidéos.
L'idée de départ est pourtant bonne, traiter à la fois le film comme un film d'action purement graphique qui titillerait le plaisir visuel du gamer, et comme une critique des dérives qui flottent aux frontières de la télé-réalité et des jeux online communautaires (les Sims et autres Second Life). ExistenZ et Avalon l'avaient déjà tenté, plus ou moins maladroitement mais avec le mérite d'avoir chacun une véritable identité propre et une ambiance travaillée.
Mais Ultimate Game est un ratage cinématographique total : la réalisation épileptique et agressive crache une bouillie indigeste pompant les références à droite et à gauche (du Prix de la Peur à Running Man en passant par David Lynch, Battle Royale et Mamoru Oshii) pour tenter de justifier son propos et ses scènes peu ragoutantes et souvent inutiles. Le tout est filmé n'importe comment pour tenter de donner cette fausse idée qu'un jeu vidéo se joue à la vitesse d'un épileptique en pleine crise : montage effroyable à base d'incessants cuts dépassant rarement les 2 secondes de plan, tremblements à en donner la migraine... La encore, la critique est très subjective, mais on reconnait immédiatement la touche des deux fous à l'origine du diptyque Hypertension, et il faut accepter ce parti pris résolument névrotique au niveau de l'image. Devaient-ils pour autant l'appliquer dans ce film sous prétexte que le sujet traite des jeux vidéos ? L'erreur est pourtant commune et on espérait que les réalisateurs l'auraient évité.
A la place, on a droit à tous les poncifs du genre qui ne font que conforter les plus puritains et réactionnaires dans leurs idées que le jeu vidéo amène les dérives sociétales, et que tous les joueurs sont des idiots et des pervers sadiques refoulés, avec à leur tête un Michael C. Hall qui cabotine plutôt bien mais qui en fait quand même des tonnes. Sous prétexte de dénoncer, la réalisation en profite pour faire un splendide étalage sous ecstasy de soft porn aux couleurs criardes, à base de seins tripotés brutalement et autres léchages de plaies béantes avec le sourire. Pour réhabiliter le méchant soldat meurtrier qu'est Gérard Butler et ses gros sourcils froncés tout du long, un retournement bidon permet de blanchir le martyr aux gros bras, victime des lubies d'adolescents pourris-gatés-fils-à-papa (Logan Lerman, crème des clichés de l'adolescent matérialiste sans cerveau et gavé d'images).
Bref, le film est une bouillie hystérique qui étale ses peintures fantasmagoriques de snuff-games, le tout sous couvert d'une dénonciation qui ferait le bonheur des lobbies anti-jeux vidéo américains pour laisser, une fois le film terminé, un spectateur aussi atteint que s'il venait de s'envoyer deux heures de pub. Hideux, insipide, stupide et sans aucun intérêt, Ultimate game est un ratage : le scénario de base était prometteur mais le film est une accumulation de scènes mal réalisées et mal montées qu'on prend pour un mauvais clip sous drogues.
Mieux vaut conserver une bonne image des deux acteurs (et tant pis pour les seconds rôles qui n'apportent rien) en retournant regarder Dexter et le très sympathique Rocknrolla, dans lequel Butler campe un hilarant petit truand anglais complexant sur son homosexualité patente, et cette fois sans se prendre au sérieux...
Par Laurent B. le 4 May 2010.
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