Sous le ciel, l'ennui (6 / 10)
Yuichi Kannami est un Kildren. Un enfant qui ne vieillit jamais. Le triomphe de la science sur la religion, un dieu à l'éternel visage de 17 ans. Il est pilote de chasse. Dans un futur où la Guerre Froide aurait triomphé de tous les principes, il est le rat de télévision du peuple, qui a transformé la guerre en un jeu télévisé, une opération Tempête du Désert poussée jusqu'au rêve américain. Mamoru Oshii nous propose un anime au visuel dans la tendance minimaliste du moment, depuis dix ans, Serial experiments Lain et le design d'Abe Yoshitoshi ont marqué certaines productions. Le tout offre un univers steampunk où des gamins se battent dans des avions du XXe siècle, rappelant Last exile mélangé avec La bataille d'Angleterre. Les séquences aériennes sont sublimes, avec une 3D parfois inégale mais nerveuse comme il faut, proposant des dogfights vertigineuses, et une variété des compositions à tomber durant les séquences de vol malgré leur parcimonie. La dernière, particulièrement belle, frappe le plaisir rétinien du gamer. Le tout est soutenu par la musique encore une fois parfaite de Kenji Kawaii.
Mais depuis Ghost In The Shell, Oshii s'asseoit aussi sur ses recettes éculées, et devrait également rechercher un nouveau scénariste. Après la migraine que représentait Ghost In The Shell 2, The Sky Crawlers tend vers l'extrême inverse, le film provoquant bâillement sur bâillement quand il s'étire entre ses furieux affrontements aériens. Malgré l'évolution du monde de la japanim, Oshii saborde son film qu'il veut contemplatif, par une mise en scène vieillotte au possible et extrêmement pénible, dans laquelle on nous ressort à nouveau tous les clichés de l'anime depuis dix ans : héros autiste et son rapport à sa supérieure frigide, phases de pensée avec la clope au bec, contemplation de la pluie qui tombe, répliques pompeuses et poétiques qui ne veulent pas dire grand chose... Le tout est clairement inégal dans son dosage.
The Sky Crawlers est un bel anime visuellement, mais traine lamentablement son scénario à peine effleuré. Tout demeure sans réel impact ni relief, et on s'attache difficilement aux personnages tant ils semblent parfois à coté de la plaque. C'est dommage car avec un univers et un design pareil, le film, s'il avait gagné un rythme plus nerveux, aurait certainement permis à la fois une narration cohérente et plus de phases de dogfights, et offrir un réel contenu. On embarque dans l'histoire sans qu'il y ait un réel début, et on s'imagine soit même le contexte, que l'on recompose au fur et à mesure, avec les rares dialogues. Avalon était déjà difficile d'accès pour le profane, un exercice bancal avec ses qualités et ses défauts, et Ghost in the Shell 2 était un trip arty narcissico-visuel assommant, pendant anime de Matrix 2. The Sky Crawlers n'a ni le design et l'ambiance du premier, ni la portée intellectuelle (toute relative soit elle) du second : il compose de jolies images aériennes pour des thématiques qui ne sont jamais introduites, même dans les silences des personnages.
Par Laurent B. le 14 April 2010.
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