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Shame
Critique du film

Affiche miniature du film Shame Affiche du film Shame
 


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Ciné : 7 December 2011

Genre : Drame.
Nationalité : Américain

A corps perdu (7 / 10)


Avec Shame, Steve McQueen poursuit son travail sur l’objet central de son premier film : le corps. Cette fois-ci, pas de corps famélique à l’écran mais un défilé de peau, filmée sous toutes les coutures, très souvent en gros plan. Il renoue également avec le film-portrait consacré à un homme en marge : ici, un jeune trentenaire new-yorkais obsédé par le sexe, pour qui le mot satiété est inconnu.

Michael Fassbender incarne Brandon, cet homme à part, atteint d’une pathologie empoisonnant sa vie quotidienne. Il vit, à côté de ses frasques sexuelles, comme tout le monde : il travaille, possède un appartement, sort avec ses collègues et semble être charmant sous tous rapports. Mais ce même homme est aussi celui qui se paie les services de prostituées, se masturbe au bureau ou chez lui face à son ordinateur et qui tente de satisfaire ce besoin avec autant de partenaires que possible. Ainsi, quand sa jeune sœur Sissy, autrement dérangée, débarque pour squatter le canapé du salon, c’est tout son monde alors régi par cette addiction malsaine qui commence à tanguer.

A aucun moment McQueen ne tombe dans la grossière étude de cas psychologique. Il s’y refuse notamment en ne dévoilant rien du passé du personnage. On ne le connaît pas au début du film et ne sait pas ce qui lui arrivera plus tard. C’est au spectateur de l’imaginer. McQueen ne porte pas non plus de jugement même si le titre semble l’indiquer. Il se contente de montrer le personnage malade, dépassé par sa névrose qui l’empêche de vivre une vie sentimentale normale. Pour autant, Brandon n’est pas conçu pour inspirer du dégoût. Et c’est peut-être ça le plus dérangeant dans Shame : on irait presque jusqu’à éprouver de la compassion. Le seul qu’il blesse, c’est lui-même, dévoré par ses envies. Ainsi, dans Shame, on assiste au naufrage d’un homme détruit par ses propres démons, seul à les affronter, incapable d’aider dès lors qui que ce soit d’autre, comme sa sœur, incarnée par la surprenante Carey Mulligan.

Esthétiquement, il est indéniable que l’ancien vidéaste expérimental a imposé sa patte. Avec un sens de l’image et du cadrage exceptionnels, il propose une mise en scène à l’image de cet enfermement dont est victime Brandon en l’emprisonnant au moyen de nombreux plans rapprochés ou en le perchant dans une tour qui l’isole du reste du monde. Et loin de vouloir érotiser les scènes « d’amour » avec un « a » minuscule, il filme au plus près de la chair, de manière crue - le tout servant le propos du film. Quant à la ville de New-York, qui tient un rôle notable, il la filme avec brio, malgré des plans quelque peu clichés.

Avec un casting des plus captivants, tant au niveau des premiers que des seconds rôles, une maîtrise ici confirmée de son sens de l’image et une volonté d’afficher au grand jour la réalité d’une maladie taboue, McQueen signe un long-métrage à la fois dérangeant et fascinant, qui vous hante plusieurs heures durant par son plan final, abandonnant le personnage aux portes de l’enfer après l’y avoir accompagné.

Par Tiffany le 8 May 2012.

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