Argus : 50 centimes (2 / 10)
Le biopic sur la vie de Curtis "50 Cent" Jackson, connu nous taper sur le système de la moitié des amateurs de rap avec ses morceaux faussement gangsta et son culte de l'image hypertrophiée, demeurera à l'image des jeux vidéos et des autres films où Jackson figure : du marketing mal emballé et mal servi pour tenter de vider les poches des quelques fans crédules. Il est difficile de s'intéresser à un film pareil si on n'a pas dévoué sa discothèque et les murs de sa chambre d'adolescent au rappeur adepte de la gonflette photoshopée. Mais tel est le destin du critique cinéma, alors parfois il se lance sans à priori dans une oeuvre repoussante, tentant malgré tout d'y trouver objectivement des qualités cinématographiques. On ne sait pas trop quoi penser de ce Get rich or die trin' : signé du réalisateur de Au nom de la rose, il faut avouer que d'un point de vue réalisation , il demeure bien fichu certains points. Parmi eux, une vision violente, noire et pessimiste des banlieuses ostracisées de l'Amérique noire, et de ses fils qui meurent tous les jours victimes du crack et de la loi du talion, qui n'est pas sans rappeler les classiques Boyz'n'the hood et Menace II society, remis au gout du jour. Le doublage est honnête et colle bien à la voix de Fitfty, les transitions rap sont donc assez bien amenées en repompant celles d'8 Mile. Pour le négatif, on citera le script du film, tellement classique et repompé (malgré l'histoire "vraie") qu'on s'attend à chaque scène et que l'on devine tout, de l'histoire affligeante de clichés et nous expliquant sur un ton braillard que "vendre du crack c'est pas bien, mais rapper c'est cool. Par contre, le but final c'est pareil, la thune baby, gangsta 4 life."
Si l'on peut concéder qu'avec l'histoire des ghettos US l'ambition de devenir "celui qui n'aurait jamais du être" persiste dans le coeur des b-boys, romancer autant une bio pour donner un caractère cool au perso et foutre une morale matérialiste dessus achève de décrédibiliser totalement le personnage et ses pectoraux. Car c'est là sans doute la plus grosse arnaque de ce film : on s'attache à 50 Cent dans son film, son air hagard et rêveur, ses déboires, on se dit que même romancé et exagéré, ce mec en a chié, et que son fils et sa femme sont un bonheur mérité. Mais quand le film finit et qu'on revient dans le monde réel, face aux radios et à MTV, on se dit que quand même, le temps d'un film, il s'est sacrément bien débrouillé coté registre empathique, mais qu'au final, la réalité est tronquée à mort. Le film tente de faire aimer un personnage largement romancé comme il fallait s'y attendre, malgré le fait que la réalisation soit intéressante, malheureusement plombée par un classisisme des scènes et une bêtise crasse, Get rich or die tryin' est à l'image de son titre, bête et méchant. Un film vain et ridicule, partant d'un pitch intéressant mais rattrapé par son sujet : un rappeur qui a choisi la forme avant le fond pour cartonner auprès des radios.
Par Laurent B. le 12 May 2010.
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