Réussir ou mourir (6 / 10)
Personnage charimatique, à multiples facettes, Notorious Big méritait à lui seul un film.
L'occasion d'évoquer l'ascension de ce gosse de la rue, après le très réussi 8 mile. Parmi les bons points, on notera cette volonté de coller au plus près de la réalité, sans l'enjoliver. Sans oublier la retranscription des rimes en version originale, parfaite !
Hélas, le réalisateur s'attarde parfois un peu trop sur certains aspects (les rapports conflictuels avec Lil'kim).
La durée du film, bien trop long (2 h 08 !), s'en ressent nettement.
Par Hervé le 23 June 2010.
The world is yours (7 / 10)
Throw your hands in the air, if you's a true player ! Ils sont nombreux les morts assassinés dans la musique : Lennon, Tupac, Marvin Gaye, Dimebag Darrel... Et Notorious B.I.G., alias Biggie, alias Christopher Wallace, personnage légendaire de la culture hip-hop, qui a droit à son biopic lui aussi, douze ans après sa mort. On se méfiait comme de la peste de ce film en sachant qu'il avait été produit par Sean "Puff Daddy" Combs, son manager de l'époque, et coproduit par la mère de Biggie, Violetta Wallace... surtout après le ridicule et désolant Get rich or die tryin, mauvais biopic frimeur et pompant le sobre et maitrisé 8 Mile.
Pourtant, ce biopic, s'il n'est pas exempt de défauts, tend à conserver une certaine objectivité sur le personnage, aux multiples facettes : rappeur, dealer, noir des ghettos new-yorkais ou encore mari volage. Depuis son enfance, le deal et ses premiers choix moraux jusqu'à la prison, les débuts dans le rap, les tentatives d'être bon (bon père, bon mari) toujours mis à mal par son gout immodéré pour les femmes et l'argent... le Notorious BIG du film demeure crédible, même si il tend dans parfois au lissage : on pourra regretter des ellipses volontaires qui gomment certains défauts des personnages et rendent parfois le tout un peu gentillet, et malgré la volonté de rester sobre sur le sujet, une zone d'ombre trop épaisse sur la scène clé du film, qui va déclencher les évènements de la fin de la vie des deux rappeurs. Montrée telle qu'elle l'est dans le film, la séquence du braquage ne nous fera jamais clairement comprendre pourquoi Tupac en voudra autant à Biggie au point de lui déclarer une guerre ouverte. À part la fulgurante reconstitution de la vidéo légendaire où les deux rappeurs sont jouasses et très proches, on regrette la trop grande distance avec laquelle la rivalité mortifère est traitée.
Le film réussit cependant à capter avec justesse l'univers du rap east coast comme on ne l'avait pas encore vu sur grand écran. La musique devient un élément intrinsèque du film, tout comme dans la vie de BIG. Les amateurs vont se régaler alors que nous est dévoilée l'ascension d'autres grandes figures du rap US et de Bad Boy Records (label fondé par Puff Daddy). Les acteurs se débrouillent bien, leur jeu est classique mais ils en imposent, et arrivent à donner de l'épaisseur aux personnages, même si on regrettera le coté un peu lissé de certains (Puff Daddy en manager paternel, on y croit pas). Jamal Woolard est saisissant dans son rôle d'un Biggie plus vrai que nature, et Naturi Naughton interprète une Lil'Kim assez juste.
Le réalisateur des Chemins de la dignité propose un montage moderne, avec effets de focus et couleurs parfois électriques parfois brûlantes pour travailler les atmosphères de New York et ses quartiers, proposant une mise en scène parfois un peu facile en pompant ses effets de styles aux séries américaines mais assez classe. La bande son envoie évidemment du lourd, entre pépites d'époque et instrumentales signées Danny Elfman. Mais tout comme Ray, le film pâtit d'une imagerie hollywoodienne très typée, qui cherche trop à coller à l'univers du chanteur avec une mise en scène bling-bling parfois trop déplacée. La vision surfaite que se fait Hollywood de l'Amérique et de ses habitants peut paraître gênante et manquer d'authenticité. Regrettons aussi un final trop classique qui aurait mérité plus de retenue... en l'espace d'une poignée de minutes, le jeune homme de 24 ans se réconcilie avec les démons de son passé, ainsi que ses nombreux problèmes conjugaux, devenant une figure rédemptrice. Néanmoins, le film souligne la différence culturelle qu'il y a sur la perception médiatique, politique et publique du rap entre la France et les États-Unis, érigeant le hip-hop comme un art musical majeur, et qui ne pourrait avoir difficilement d'équivalent dans la production cinéma française d'aujourd'hui tellement cette culture est mal perçue par le grand public. Notorious B.I.G. est sans doute un film qui ne passionnera guerre que les amateurs de rap ou les curieux prêts à remonter quinze ans directement dans Brooklyn et sa crasse, à la différence par exemple de The Wackness qui prend la même époque et la même ville comme trame de fond pour un résultat totalement opposé.
Non sans être perfectible à de nombreux niveaux, Notorious réussit avant tout à radiographier avec justesse la scène hip-hop new yorkaise des années 90 comme aucune fiction n'avait réussi à le faire jusqu'à présent, et à proposer un portrait plus au moins juste du personnage malgré tout, qui a le mérite de tenir sa tagline ("aucun rêve n'est trop grand") et, pour un peu qu'on se plonge dedans, proposer un des rares films maitrisé et bien foutu sur le hip-hop.
Par Laurent B. le 5 May 2010.
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