Perception Stonienne (8 / 10)
Beaucoup de gens ont critiqué ce film en accusant Oliver Stone des polémiques inutiles comme d'habitude, en situant Jim Morrison comme un nombriliste mégalomane dans son film, ce qui a aussi été reproché par les Doors eux même (notamment Manzarek), mais force est de constater que même s'il tourne avant tout autour du leader chamanique du groupe et non sur les musiciens eux même, The Doors sonne plutôt justement, donnant une vision de l'autre coté du miroir, celle de la gloire et de la décadence psychique d'une rockstar inspirée, thématique aussi abordée dans Velvet goldmine ou Last days.
Le film glorifie finalement autant Morrison qu'il le destitue de son trône, mettant l'accent sur le côté insaisissable du personnage, et ses crises de folie outrancière, ce qui a forgé la légende du roi lézard et de son charisme magnétique, sa pensée au dessus du monde et ses excès dans toute la défonce sexuelle, dopée ou alcoolisée typique des rockstars. Morrison était autant un prophète et un poète qu'un type qui aimait être reconnu, et n'existait en partie que par le regard et l'adulation des foules. Un véritable chamane donc.
Il n’était pas forcément utile de s’arrêter trop longtemps sur la folie autodestructrice de Jim Morrison et ces inlassables visions d’indiens, mais l’histoire du chanteur des Doors est légitimement adaptée dans ce film plutôt bien fourni musicalement. La narration manque cependant cruellement de linéarité et d’équilibre. Malgré la performance incroyable de Val Kilmer (autant sur le plan vocal que sur son jeu d’acteur), le film tient difficilement son pari sur 2h20, celui de raconter l’histoire d’une légende du rock de par son caractère incomplet et parfois très approximatif (la danse avec Patricia n'a jamais eu lieu, ou encore la caricature de Nico, véritable icône gothique réduite à une prostituée de passage). Mais malgré ces quelques défauts d'époque qui empêchent le film d'être considéré unanimement comme un vrai bon film sur les Doors, il demeure un biopic plutôt juste, et un bon exercice stylistique introduisant le rock et sa folie sur un écran de cinéma avec brio et grandeur. Si l'on apprécie le groupe, le rock psychédélique et l'époque, on se laisse hypnotiser sans trop de mal par cette fable narrée par le roi lézard lui même.
Par Laurent B. le 11 May 2010.
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