Critique du film Le voyage de Morvern Callar (5 / 10)
PANNE DE COEUR
Début pour le moins atypique : le spectateur découvre Morven aux côtés de feu son petit ami. Pas de larmes. Pas de cris. Juste ces images, un peu choquantes d'une jeune fille confrontée à la mort. Aucune commune mesure avec un scénario classique.
L'héroïne fait comme si de rien n'était.
Elle prend place au coin du feu, ouvre ses cadeaux de Noël, et fume une cigarette. Le chaos qui devrait régner dans sa tête est habilement mise en image : rythme lent affublé d'une lourdeur indéfinissable, contraste entre la vie de Morven décrite dans la première partie du film (appartement glauque, corps du macchabée gisant au milieu de l'appartement) et la seconde partie où les deux héroïnes évoluent dans un univers de fêtes, avec pour fond d'écran de magnifiques plages espagnoles. On ne peut jusque là n'être que témoins mal à l'aise de réactions improbables.
Mais lorsque Morven rencontre l'éditeur, le spectateur s'identifie soudain à elle. Et c'est le clash dans nos têtes : que ferait on à sa place ? Question inévitable et réponse peu confortable. Le regard fixe et presque sans vie de l'héroïne (d'autant plus que l'insouciance et la joie de vivre de sa compagne de route fait s'assombrir le trait) apparaissent alors intriguants.
Un regard plein de mystère qui donne une profondeur certaine au personnage, lui semblant lui donner un passé, des pensées et des projets personnels impossibles à pénétrer.
Et la bande-son revêt une importance toute particulière, tant Morven Callar écoute incessamment lla musique de son baladeur, mélange savant qui noie le film dans un malaise étrange.
Lynne Ramsay, déjà primée à Cannes en 1996 pour son court métrage "Small deaths", réalise ici un film noir qui pousse à la réflexion. Bien loin de tous les happy ends américains, il souffrira peut-être de ne trouver un public approprié.
- Justine C@ssu -
Par zoom-Cinema.fr le 5 March 2003.
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