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Kidulthood
Critique du film

Affiche miniature du film Kidulthood Affiche du film Kidulthood
 


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Ciné : 3 March 2006

Genre : Drame.
Nationalité : Britannique

"Jusqu'ici, tout va bien" (7 / 10)

Production très peu connue issue du cerveau du prolifique et indépendant Noel Clarke, Kidulthood (mot valise pour parler d'une enfance/jeunesse passée à jouer à l'adulte) est un film typiquement anglais dans sa réalisation, qui doit aux grands frères son image glaciale et floue, ses plans inhabituels, et son montage électro-industriel-TV très dynamique,  et qui ressemble de façon  trouble aux psychotic teenagers de Larry Clark et Gus Van Sant, l'affiche allant jusqu'à pomper celle de Bully.

Le titre résume le contenu du film basé sur "trop vite trop tot". Dans Kidulthood, on suit une journée-bascule de gamins jouant aux adultes alors qu'ils n'ont pas encore l'expérience, dans des ambiances  rappelant parfois Animal factory, Green street hooligans ou Requiem for a dream mais sous amphétamines et gros son faisant trembler les murs,. Dans le sequel Adulthood on les suivra devenus adultes et ayant fait cette expérience du passage à l'âge de raison, mais trop tôt là aussi, après le drame vécu plus jeunes. Seulement, les distributeurs de chez TF1, pour racoler un max comme d'habitude, on réussi à modifier le titre pour nous sortir un génialement puéril et inutile Génération Gansta pour traduire l'intraduisible et avec une tagline aussi  prétentieuse qu'à coté de la plaque : "aussi puissant que La haine, aussi marquant que Ma 6T va cracker". Manque de bol, le film n'a rien à voir avec les deux précités. Sachez aussi que le film étant sorti en direct-to-DVD du fait de son statut indépendant, il n'a connu qu'une diffusion très succincte en France, et que pour le moment, Adulthood n'est pas disponible en VF, il vous faudra récupérer le DVD anglais pour voir la deuxième partie de l'histoire.

Un film sur les dérives trash et la délinquance des ados de la génération 2000 et sa société anglaise aliénée, ça pourrait faire les gros chous du cinéma "racaille" destiné à faire peur à la ménagère. Mais Kidulthood est à des milles et des cents de ce genre, tapant dans le contemplatif et l'angoissé à la manière de Clark et Van Sant, avec cependant beaucoup moins de plans sur les fleurs et le ciel et plus de dialogues, et un montage beaucoup plus énergique. La sauce anglaise donne un ton urbain plus proche de par chez nous (street culture et urbanisme londonien) et l'époque  remplace les essais mélancoliques ou punk des soundtracks US par la crème de la scène electro hip-hop anglaise, faisant trembler les enceintes avec les morceaux urbains et tribaux de ces doués de Dizee Rascal, Roots Manuva, et autres The Streets... Même sans céder aux sirènes de la caricature sur la jeunesse londonienne en pleine perdition (thématique déja mise en images par des films comme Hooligans ou Outlaw, de manière plus ou moins racoleuse),  les destins croisés de ces adolescents, aussi violents soient ils sont saisissants d'authenticité et d'intensité. Brut et violent dans son propos désabusé, le film évite pourtant l'étalage graphique des "films sur la jeunesse dangereuse" en demeurant très ambiant plutôt que graphiquement explicite. Kidhulthood ne laisse pas indifférent mais ne se perd pas non plus dans le cliché gratuit des dérives de la jeunesse.

Ces gamins illustrent plutôt justement les petits frères et petites soeurs qui ont vécu avec le voyeurisme d'une société les éduquant à coups de Myspace, Youtube et autre Next, où l'on devient cool par le nombre de ses conquêtes sexuelles, en publiant ses happy slappings sur internet ou en se défonçant à outrance de plus en plus jeune pour faire partie de ce fantasme d'une génération numérico-festive. Que ce soit les acteurs, la réalisation, le soundtrack ou l'histoire, tout est terriblement bien orchestré et le film est prenant de bout en bout, sans accuser la moindre fausse note, la moindre dérive. Mieux que ça, on est plongé au milieu de cette journée qui va changer la façon de voir les choses de chaque personnage, qui débute le film comme un coup de poing et le termine sans étalages inutiles. Certains reprocheront au film un manque de cohérence entre les scènes et une fin abrupte, mais le film ne diminue pas d'intensité, évitant les scènes inutilement longues ou pseudo-philosophiques.

Il n'apporte pas non plus de solution, de questionnement révolutionnaire ou de morale, mettant simplement en lumière la façon dont à force de vouloir dépasser l'outrecuidance de leurs ainés, les nouvelles générations en manque de sensations jouent de plus en plus tôt et de plus en plus vite avec le feu. Alors oui, après visionnage, on se demande quand même si tout ça a un but et certains taxeront le filme d'opportuniste ou de malsain. En y repensant, on ignore si le revoir apporterait quelque chose. Mais Kidulthood demeure une production racée et énergique, servie par des acteurs épatants (Noel Clarke et Adam Deacon en tête), qui a le mérite de ne pas céder à l'appel de l'argent et a été réalisée sans prétentions autres que proposer un long-métrage indépendant maîtrisé, à la noirceur lucide et alarmiste. Finalement, c'est bien le seul rapport qu'on lui trouve avec La haine, cette spirale dramatique que l'on voit arriver sans pouvoir arrêter, alors que changent les esprits et que les jeunes héros prennent enfin conscience que brûler leur vie par les deux bouts les mènera tout droit dans le mur malgré la frime et l'insolence que leur permet leur jeunesse.

Par Laurent B. le 6 May 2010.

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