Sous le soleil de Satan (9 / 10)
Jarhead, surnom du marine, signifie littéralement "tête de jarre", car "la tête d'un bon marine doit sonner creux comme un vase." Voilà le postulat de départ de ces jeunes recrues, formatées pour le combat, l'idéologie et la logique guerrière, abreuvées des exploits de leurs ainés sur d'autres fronts. Sam Mendes met en images le livre éponyme d'Anthony Swofford et livre un film de guerre d'un nouveau genre, comportant pourtant de nombreuses similitudes avec certains classiques du genre.
Après une première partie en forme de clin d'oeil inter-temporel à Full metal jacket où l'on assiste à la transformation de la recrue Swoford en bon soldat prêt à tuer pour sa patrie, la seconde moitié du film change du tout au tout, et nous emmène au coeur du désert irakien où, comme nous raconte Swofford, "on patrouille dans un désert vide, on s'hydrate, on navigue dans des champs de mine imaginaires, on tire...sur rien, et on s'hydrate encore...". Pas de héros sympathiques au grand coeur, juste des jeunes à peines entrés dans l'âge adulte, et confrontés à un univers et une situation ubuesques, et franchement malsaine. S'ensuit la lente agonie psychique de ces jeunes recrues, dans une mise en scène épurée et chirurgicale. Peu de scènes d'action, et pourtant, c'est l'un des meilleurs films traitant sur le sujet qui ait jamais été réalisé. On suffoque avec ces bidasses qui attendant en vain l'ennemi, sous un soleil de plomb ou au travers de champs de pétroles enflammés, dans d'étonnantes compositions visuelles, irréelles et superbement travaillées. Mendes délivre une réalisation solide à l'ambiance oppressante, soutenue par une excellente bande-son appuyant avec brio les séquences visuelles et l'attente interminable de ces jeunes affamés de la gâchette à qui on a promis de l'action et de la gloire, mais qui doivent lutter contre eux-même sous le soleil du désert, avec les doutes, les médias à divertir et les insolations couplées aux amphétamines qui commencent à leur faire lentement péter les plombs. Une guerre psychologique, face à un ennemi invisible, là ou l'isolement et l'éloignement les rendent paranos, et où ces machines de guerre redeviendront brutalement et terriblement humaines dans leurs uniformes. Jake Gyllenhaal est extraordinaire, les autres rôles (Jamie Foxx en sergent instructeur notamment) sonnent terriblement justes.
Jarhead est un film qui ne laisse pas indifférent. Il vous explose au visage avec subtilité, un film poignant, parfois drôle et amusant, cynique, mais surtout amer et désabusé qui nous prend au tripes. Sam Mendes dresse un véritable tableau contemporain en filmant admirablement ces jeunes âmes perdues et torturées, rongées par leur profonde désillusion, dans des décors apocalyptiques, somptueux et surréalistes. Jarhead est un film de guerre comme on en jamais vu avant, autant pour sa lucidité acérée que pour sa réalisation complexe et maîtrisée, et ses personnages profondément humains d'avec qui on ne ressort pas indemne de cette entreprise ratée que fut le Golfe.
Par Laurent B. le 22 April 2010.
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