Critique du film Et si on parlait d'amour (2 / 10)
ET LA TENDRESSE BORDEL !
Attention ! Titre
trompeur ! "Et si parlait d'amour" ne fait en aucun cas allusion à la tendresse ou aux
sentiments (complètement éludés, hélas...), à contrario des films destinés aux adolescent de ces
dernières années, aux titres racoleurs ("Sexe Intentions", "Sexe Attitudes") certes, mais dont le
titre ne reflétait en aucun cas le contenu.
On imagine davantage dans le cas présent
"Et la tendresse bordel !", "La vie sexuelle de catherine B." ou "Eloge de la partouze" pour
définir l'objet du film.
Précisément, le documentaire de Daniel Karlin se concentre
sur les partouzes et l'échangisme. En voulant dépeindre au travers de trois couples et d'une
célibataire (Cathy Bouvard, célèbre journaliste lyonnaise dans l'hebdomadaire Lyon Capitale)
l'évolution des mours de la sexualité des français, le discours de Karlin se teinte
d'hypocrisie et de voyeurisme.
Pire : il voudrait faire passer des pratiques
marginales pour un fait de société. Non que le spectateur ne veuille voir la réalité en face (les
partouzes ne sont plus un tabou depuis Thierry Ardisson), mais comment ne pas évoquer la malaise
d'une réalité crue ?
En vrac, vous pourrez voir dans ce pseudo-documentaire une
vieille femme se faire commander par son mari pour pratiquer une fellation à un autre homme, une
journaliste se faire sodomiser, un homme choisissant des cassettes pornographiques alors que ses
enfants sont situés à proximité...
On imagine d'ailleurs la tête des journalistes de
Lyon Cap' lors du retour de Cathy Bouvard après le visionnage du film.
Sous la
volonté de décrypter un phénomène, se cache un réel problème : Karlin élude toute analyse, oublie
de fournir des clés.
Le réalisateur délivre "une" réalité, qu'il voudrait faire
passer pour "la" réalité, délivrée sans aucune distanciation.
L'intimité pour
l'intimité n'a aucun intérêt. Cette dernière doit même être magnifiée pour présenter un minimum
de curiosité. Il ne suffit pas d'asséner son interlocuteur de questions comme Claude Lanzmann
(excusez-nous du parallèle malheureux) pour obtenir une analyse.
Comment ne pas
percevoir également le "coming-out" de Cathy Bouvard pour un déballage, qui n'est pas mis en
exergue ?
Le summum étant atteint dans la dernière partie, où Daniel Karlin, dans un
élan voyeuriste n'hésite pas à filmer un couple d'handicapés en train de faire l'amour.
Le rire jaune, provoqué par la cocasserie de des scènes précédentes (ah, les zizis
sauteurs manipulés par la grand-mère, quelle finesse...), se voit ainsi succéder par le malaise
d'assister à une scène glauque et sinistre, qui touche à l'intime. A vomir.
L'hypocrisie de l'ensemble fait mal à voir, et mieux carrément mater une cassette porno que
regarder ce documentaire qui n'en est pas un. A fuir.
H.T
Par zoom-Cinema.fr le 17 April 2002.
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