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Control
Critique du film

Affiche miniature du film Control Affiche du film Control
 


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Ciné : 26 September 2007

Genre : Drame.
Nationalité : Britannique

Love will tear us apart (8 / 10)

Ian Curtis est une rock star, il paraît. En seulement quelques albums, il a marqué l'histoire, du rock donc, de son empreinte. Dépression assumée et mélodies découpées au rasoir. D'une froideur qui lui voudra la dénomination de cold wave. L'homme ne chante pas vraiment, il prie son désespoir en musique. Il clame ses textes, sa noirceur, son malaise, sa peur de la vie, de la mort, de sa maladie, de ses erreurs de jeunesse. A force de vouloir faire trop vite comme dans la vie "normale" (un mariage, un bébé), et ne supportant pas l'idée de se savoir malade, il s'éloigne de la vie tout court quand il commence à toucher le fond, à se livrer, trop et de plus en plus à son public. Il se livre, il se donne, il s'épuise, il se nie. Vous l'aurez compris, Control est avant tout un film sur le leader torturé de Joy Division et non pas sur le groupe, servant surtout d'arrière plan et chronologique. Anton Corbjin élude le sujet musical et préfère se consacrer aux affres sentimentales de l'avatar de Curtis, bien que le montage glisse un peu autour de son sujet.

La force de Control, c'est son ambiance. Glaciale, déprimante, elle semble tout droit retranscrire la vision de Ian Curtis de sa vie, tant le superbe noir et blanc accentue les sentiments évoqués, à la fois l'apathie et de dépit de Ian, et celles de furie et de non contrôle des lives où il se jette à corps perdu. A l'opposée, son défaut majeur reste  ce centrage bancal entre Joy Division et Ian Curtis. Ian Curtis n'est pas Joy Division tout en l'étant. Dans Control, on sait pas trop si au final on nous narre l'histoire de Joy Division, celle de Ian Curtis ou les deux à la fois, alors que l'on attendait soit l'un soit l'autre. Le groupe reste trop succintement mis en lumière, et à part les lives lumineux (Sam Riley bluffant en mime détraqué du chanteur) qui sont d'ailleurs joués par les acteurs, on n'apprend pas grand chose du groupe : les anecdotes sont là mais parfois mal agencées chronologiquement voire totalemment incohérentes. Question rock d'ailleurs, c'est assez léger. Outre les erreurs, ellipse totale sur le processus créatif des chansons et de la montée en puissance du groupe, le même problème que l'on voit souvent dans les biopics musicaux : la musique est présente mais mise en scène. A titre de comparaison, même en prenant ses distances d'avec la réalité, le Last Days de Gus Van Sant avait le mérite, lui, de nous plonger dans les transes créatives de Blake / Cobain à plusieurs reprises.

Control est un beau et poignant film noir et drame sur l'amour, le désir et le conflit interne d'un homme qui n'arrive pas à vivre pleinement sa vie à cause de passions éteintes, d'attractivité pour ce qu'il n'a pas, et d'angoisse existentielle, à cause de son extrême lucidité sur la linéarité des choses dans une vie mal construite. Il prend aux tripes et met le spectateur aussi mal à l'aise que Curtis durant son parcours, provoquant ce sentiment irréversible de pitié qu'on finit par avoir de lui. Mais il demeure un biopic maladroit sur le groupe et sur le chanteur, dans sa mise en forme ayant la volonté de frapper. Intéressant pour les néophytes, il demeure beaucoup moins viable pour les fans qui y chercheront un film sur Joy Division plutôt qu'un film noir et psychologique. On peut l'interpréter comme un essai de fan pour tenter de retransmettre la vision grise et blasée d'un jeune musicien de génie, isolé du monde dans sa perception différente  et ses conflits ingérés.

Par Laurent B. le 30 April 2010.

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