Apocalypse now (9 / 10)
Plusieurs ont reproché à 28 semaines plus tard de se détacher de l'opus précédent, et donc d'être moins bon (?), mais il n'en est rien...Là où 28 jours plus tard était d'abord mélancolique et christique dans son Londres sans vie avant de virer dans l'horreur de proximité angoissée et une fin en psychose totale tout en développant ses personnages, 28 semaines plus tard traite du sujet sous des angles encore différents. Après le père aimant du premier opus, on attaque ce volet avec la bassesse et l'instinct de survie humain, qui va détruire une famille inconsciemment. Coté psychologie, on allège le tout, mais coté contamination, le film passe à la vitesse supérieure !
Le premier volet rendait constat des dégats causés par un gouvernement qui prend ses normes de sécurité à la légère. Dans celui ci, on observe comment ces derniers réparent le tout. Après un pseudo-essai de réimplantation sous couvert d'aide internationale, l'armée tire dans le tas quand la situation est hors de controle. Cette fois, pas de survivants à aider, la question se règle au napalm et à l'acier. Et c'est bien là que le film fait glacer le sang : fini les habituels films de zombies avec l'armée pas foutue de controler quoi que ce soit, ici, le film propose une autre approche, avec une contamination plus ou moins éradiquée avec conscience par les militairesune fois la surprise passée. Et qu'il y aurait fort à parier que si cette fiction venait à se réaliser, les évènements se passeraient plutôt comme ça. Que faire de survivants isolés et confondus dans une zone infectée quand ils sont destinés à mourir dans les heures qui suivent ? Tirer dans le tas pour aller plus vite et éviter d'agrandir le cercle des contaminés. Et finir le tout au nettoyage de précision. Les sueurs froides, c'est de prendre conscience que ce n'est pas le virus qui condamne les survivants, mais leur propre gouvernement, pleinement conscient qu'il peut sacrifier quelques centaines de vies au profit de milliers d'autres.
Assurement, le film est maitrisé : on réveille la peur du spectateur du premier opus avec des moments calmes précédant la tempête, et des plans qui virent sans cesse dans le décor ou sur les yeux pour confondre l'esprit et faire croire à une menace invisible. Une fois l'hystérie en marche, le film évite le déballage gratuit d'organes (tout en contenant son lot de belles mises en scène sanglantes) pour accentuer les scènes gores disparates et brutales, et la peur distillée dans l'image floue et secouée des poursuites, continuant d'instaurer l'angoisse ressenties par les pourchassés plutôt que l'hémoglobine à outrance. Le film prend une nouvelle tournure à partir du moment où les protagonistes doivent affronter deux ennemis, les contaminés (qui passent un peu au second plan) et l'armée, ce qui rend leurs déplacements plus que difficiles. Plus noir encore que son ainé, 28 semaines plus tard est un film très virulent dans tout ce qu'il fait, critique de la société, de l'être humain, horreur claustro ou spectaculaire. Quelques éléments caduques du blockbuster (enfants ultra stoïques, remède miracle et bons patriotes) et le tout s'enchaine très vite avec de grosses ellipses, mais cela a au moins le mérite de garder un rythme au film et de couper aux clichés héroïques. Ici, les protagonistes meurent sans gloire et violemment, rapidement, sans forcément qu'on s'y attende. Cependant, le film conserve un goût d'inachevé, on ne voit pas le temps passer, si bien que l'on aurait volontiers aimé voir quelques extensions scénaristiques ou graphiques pour traiter plus en profondeur plusieurs questions laissées en suspens durant l'histoire.
Regarder 28 semaines plus tard, c'est au final l'impression de regarder en direct la fin de l'humanité tellement on en ressort secoué. Un film d'horreur intelligent et visionnaire comme on en voit plus, peut être le seul arrivant à un tel niveau. La photographie est encore une fois réussie, la bande son noire à souhait (bien qu'ils auraient pu se fouler un peu plus que reprendre les thèmes du premier film) et les acteurs se débrouillent (notamment Robert Carlyle bien que son doublage français soit parfois cocasse). La fin est classique dans sa coupure mais boucle la boucle et laisse le spectateur en large confirmation d'une suite sur les 28 prochains mois... Et on se demande alors (on espère) comment ils feront pour réitérer une troisième fois une réalisation et un parti pris aussi réussi, alors que plus la contamination se propage, plus ça ressemble à du post apocalypse pur plutôt que du film de zombie. Une chose est sur, dans tous les cas on est impatients de voir la suite !
Par Laurent B. le 5 May 2010.
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