Description
Cannes, 1971 : le jury décerne sa Palme au Messager de Joseph Losey, et le prix du XXVe anniversaire à Mort à Venise de Luchino Visconti. Deux films jumeaux, tous deux en deuil de l'adaptation fantôme entamée par leurs réalisateurs : La Recherche du temps perdu de Proust. Plus proustien sans doute que n'eût été l'adaptation littérale, Mort à Venise est unanimement admiré. À juste titre. Œuvre testamentaire et crépusculaire du maître italien (Le Guépard, Rocco et ses frères), Mort à Venise s'appuie à la fois sur une nouvelle du romancier allemand Thomas Mann et la biographie du compositeur Gustav Malher. Dont les symphonies n° 3 et n° 5 bercent ce chant du cygne d'un artiste, d'une ville et d'une société. Tout à la fois récit d'une passion homosexuelle platonique, méditation sur la création artistique, reflet d'un univers finissant, Mort à Venise éblouit les sens par la méticulosité de la reconstitution, la précision de la direction d'acteur, la somptueuse lumière de Pasqualino de Santis et l'intelligence de l'adaptation. Placée sous le triple signe vénitien de la musique, de la beauté et de la mort, c'est une œuvre rare qui fait appel à ce qu'il y a de plus noble dans le spectateur : sa sensibilité, son goût de la beauté, son sens du sacré, sa compassion. Ainsi du plan final muet retentit du tréfonds de nos mémoires l'écho du vers rimbaldien "Elle est retrouvée. Quoi ? L'éternité". Une œuvre admirable, sans doute la plus accomplie de son réalisateur. --Sylvain Lefort